Johnny Clegg
Musicien
Johnny Clegg, le Zoulou blanc qui a chanté l’unité et la liberté
Johnny Clegg, surnommé le Zoulou blanc, fut bien plus qu’un musicien : il incarna une voix de résistance, un pont entre les cultures, et un symbole d’espoir dans une Afrique du Sud fracturée par l’apartheid. À travers ses chansons mêlant rythmes zoulous et paroles engagées, il a marqué l’histoire musicale et politique du continent africain.
Un parcours hors du commun

Né le 7 juin 1953 à Bacup, dans le nord de l’Angleterre, Johnny Clegg arrive très jeune en Afrique australe. Après un passage en Rhodésie (aujourd’hui Zimbabwe), il s’installe avec sa mère à Johannesburg. Enfant blanc dans un pays ségrégué, il découvre pourtant très tôt la culture zouloue grâce à des rencontres improbables : d’abord avec le fils du chauffeur de la famille, puis avec des musiciens de rue comme Mntonganazo Mzila, qui lui enseignent les bases de la guitare et les rythmes traditionnels africains.
Cette immersion dans une culture interdite aux Blancs à l’époque forge son identité artistique et humaine. Il apprend le zoulou, étudie l’anthropologie à l’université du Witwatersrand, et commence à enseigner l’ethnologie, tout en poursuivant ses recherches musicales.
Juluka : le premier groupe multiracial
En 1976, Johnny Clegg fonde avec Sipho Mchunu, un musicien zoulou, le groupe Juluka (qui signifie « sueur » en zoulou). Leur musique est un mélange audacieux de pop rock et de sonorités africaines, avec des textes en anglais et en zoulou. À une époque où les groupes mixtes sont interdits en Afrique du Sud, Juluka devient un acte de résistance en soi.
Leur premier album, Universal Men (1979), évoque la vie des travailleurs migrants. Puis vient African Litany (1981), avec le titre emblématique Impi, qui raconte les batailles historiques des guerriers zoulous. Malgré la censure, Juluka connaît un succès croissant, notamment à l’étranger, où Clegg est surnommé affectueusement le Zoulou blanc.
Savuka : l’élan international
Après la séparation de Juluka en 1985, Johnny Clegg crée Savuka, un nouveau groupe qui poursuit le métissage musical tout en accentuant l’engagement politique. Le titre Asimbonanga (1987), dédié à Nelson Mandela alors emprisonné, devient un hymne de la lutte contre l’apartheid. Il est suivi par Scatterlings of Africa, qui figure dans la bande originale du film Rain Man.

Savuka connaît une renommée internationale. Le groupe se produit aux côtés d’artistes comme George Michael, et l’album Heat, Dust and Dreams remporte le Billboard Music Award du meilleur album du monde en 1993.
Johnny Clegg, un militant de la réconciliation
Au-delà de la musique, Johnny Clegg est un militant de la paix et de l’unité. Il a toujours refusé de se plier aux lois racistes de son pays, jouant dans les townships, défiant les interdictions, et prônant le dialogue entre les cultures. Sa démarche artistique est profondément liée à son engagement : chaque chanson est une tentative de rapprocher les peuples, de faire tomber les barrières.
Même après la fin de l’apartheid, il continue à porter ce message, notamment lors de ses tournées mondiales. En 2017, alors atteint d’un cancer, il entame une tournée d’adieu baptisée The Final Journey, saluée par des milliers de fans à travers le monde.
Un héritage vivant
Johnny Clegg s’est éteint le 16 juillet 2019 à Johannesburg, à l’âge de 66 ans. Mais son héritage reste vibrant. Il a ouvert la voie à une nouvelle génération d’artistes sud-africains, et ses chansons continuent d’être jouées dans les écoles, les stades, et les cérémonies officielles.
Son œuvre est un appel à la tolérance, à la curiosité culturelle, et à la résistance face à l’injustice. Pour tous ceux qui croient en la musique comme vecteur de changement, Johnny Clegg demeure une figure incontournable.
Nelson Mandela a été un symbole très important. Je suis de cette génération qui a grandi sans savoir à quoi il ressemblait. En 1986, j’avais écrit pour Mandela une chanson, « Asimbonanga », qui signifie en zoulou « nous ne l’avons pas vu ». A l’époque, nous savions qu’il était emprisonné sur Robben Island, mais comme nous n’étions pas autorisés à avoir un portrait de lui, c’était pour nous un symbole sans visage, une étoile qui brillait dans notre ciel.
Interview de Johnny Clegg au « Nouvel Observateur », avril 2013. de Johnny Clegg
Le mot de Théo
Johnny Clegg ! Un exemple d'engagement
Je ne sais par où commencer. Johnny Clegg est, de très loin une de mes plus belles rencontres musicale et artistique. J'ai connu et connait encore plus de 35 ans après les avoir apprises par cœur, la majorité des paroles des paroles de ses albums. Il m'a fait tombé amoureux de ce pays si spécial qu'est l'Afrique du Sud au point que je rêvais d'y vivre.
Je suis admiratif de sa musique et de son courage artistique et courage en tant qu'être humain : braver l'interdiction établit par l'apartheid faite aux blancs de fréquenter des noirs. Adolescent, il s'échappait régulièrement pour aller s'initier à la guitare ou à la danse dans les townships noirs. Il participa à des concours de danse zoulou au côtés de ses amis zoulous natifs, tant il excellait dans cette danse et il est dit de lui qu'il parlait le zoulou mieux bon nombre de zoulous natifs. Sa musique m'a profondément et naturellement touché : résolument métissée et anti-apartheid.
Je reste résolument convaincu que Johnny Clegg a participé activement à infléchir l'histoire de son pays. Partout où il se produisait, l’artiste transformait chaque concert en manifestation pacifique contre la ségrégation raciale de l'apartheid. Avant sa musique, personne ne se souvenait de Nelson Mandela. Au fur et à mesure de l'influence de ses concerts en Occident et Amérique du Nord, les média occident ont emboité le pas et se sont mis à relayé ses messages anti apartheid, contribuant à isoler diplomatiquement le régime sud-africain. . Le parcours de Johnny Clegg préfigure la réconciliation nationale qui surviendra après la libération de Nelson Mandela en 1990.__Theo BAMARA
References
Assimbonanga
Chanson questionne sa génération : nous ne l’avons pas vu (Mandela)…
Scatterlings of Africa
« Les dispersés d’Afrique » ou « Les enfants dispersés de l’Afrique »
Le mot scatterlings évoque des personnes éparpillées, déracinées ou en exil — une image puissante qui fait écho à l’histoire de l’Afrique du Sud, marquée par les migrations forcées, l’apartheid et la quête d’identité. Johnny Clegg utilisait ce terme pour parler de ceux qui, comme lui, ne rentraient dans aucune case ethnique ou culturelle, mais qui appartenaient profondément à l’Afrique.
I call your name
Dans ce titre poignant, Johnny Clegg explore les émotions d’un homme enfermé — physiquement ou mentalement — qui trouve du réconfort en prononçant le nom de l’être aimé, d’un guide spirituel ou d’un symbole de liberté. Le chanteur lui-même disait que ce nom pouvait être celui d’une femme, de Nelson Mandela ou même de Dieu
Bien que la chanson ne cite aucun nom précis, elle résonne avec les combats de l’Afrique du Sud sous l’apartheid. Elle parle à tous ceux qui ont connu l’exil, l’emprisonnement, ou la séparation.
Cruel Crazy Beautiful World
Une chanson puissante sur la transmission.
« C’est un monde cruel, fou et beau… Chaque fois que tu te réveilles j’espère que c’est sous un ciel bleu… »
« Cela me tue de savoir que tu n’échapperas pas à la solitude, et peut-être perdras-tu l’espoir aussi… »
« Quand je sers ton petit corps contre le mien, je me sans si faible et si fort à la fois. Si peu d’années pour te donner les ailes pour voler… »
« Un jour, tu te réveilleras et je devrai dire « Au revoir ».
« C’est ton monde alors vis dedans ! »
The crossing
Magnifique chanson de Johnny Clegg pour son ami et percussionniste Dudu Zulu. Elle évoque l’accompagnement traditionnel zulu du défunt pour la traversée vers les ancêtres.
« Dudu Zulu a été assassiné à l’âge de 34 ans, de sept balles d’AK-47 dans le dos près de Greytown où il habitait, victime des violences liées à l’apartheid » – (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dudu_Zulu)
Asimbonanga
Avec le grand Nelson Mandela
Quand la musique rejoint l’histoire…